Devenir maire, le projet le plus fou fou fou de mon existence ?

Arrivé en 2020 à St Georges de Reintembault, dans le but de créer une maison dans un collège trouvé sur le bon coin, et permettant au collège de rester ce qu’il a été avant sa fermeture puis son abandon en 1991 (en l’occurrence la transmission, le savoir, la curiosité et la découverte à travers des arts peu visibles en milieu rural), ce projet, 100% auto financé (0 subvention publique, 0 association) m’a permis de rencontrer plus de 5000 personnes venues de toute la France découvrir une commune que tout le monde pense perdue, et pourtant incroyablement attractive. De nature au départ misanthrope, j’ai appris au fil des années à découvrir une partie de moi totalement nouvelle : l’envie de rencontrer l’autre, au delà du simple bonjour de politesse. D’écouter sa vie, ses histoires, pourquoi, comment, où … alors qu’au départ, je ne voulais juste montrer que des oeuvres peintes par des artistes bénévoles soucieux, comme moi, d’offrir un peu de culture gratuite au pays des “oubliés” (chanson de Gauvin Sers). Vous avez pu voir en 5 ans ce que j’ai pu accomplir en y mettant l’intégralité de ma volonté. Et je n’oublie pas ceux et celles qui m’ont tendu la main dès le premier jour pour m’aider à créer cet ancien squat poubelle en lieu culturel. Et c’est parce que cette solidarité totalement spontanée m’a touché et bouleversé que je me dois de rendre la pareille. Mais sachez néanmoins qu’élu ou non, cela n’affectera en rien ma motivation quant à offrir des pétillements dans les yeux de ceux et celles qui viennent franchir les grilles du 2 rue de la Fieffe. Je veux juste que ces étincelles ne soient pas que réservées à mon projet. Vous ne le savez peut-être pas, mais St Georges est magnifique. Vraiment.
St Georges de Reintembault, terre de tous les possibles. Terrain d’expérimentations et de tentatives d’attractions, parfois réussies, parfois manquées. Qui ne tente rien ne fait rien. Dire les choses. Les faire. Faire les choses. Les expliquer. Ainsi, voici en quelques lignes pourquoi un hors venu (nom donné par les locaux aux nouveaux habitants) aimerait tester ce qui peut-être n’a jamais été testé. Voici quelques points, dans le désordre, ou dans l’ordre, à vous de choisir en fonction de vos affinités.
1. L’art partout, pour tous. La commune est dotée d’une richesse culturelle individuelle / groupe assez incroyable : 1560 habitants, et un cinéma art et essai, une école de danse, un club de peinture, des artistes peintres et plasticiens, des gens du cirque, des musiciens, , une ferme expérimentale culturelle, une troupe de théâtre, une médiathèque … mais aucun lieu pour les réunir tous. Quand l’art est aussi présent et prégnant, il faut clairement créer / réhabiliter un lieu où toutes ces énergies puissent communiquer. Un lieu qu’on appellerait, au hasard, maison des associations. Une trentaine d’associations, aucun lieu dédié, il faut y remédier. Sans querelle de clochers, juste avec de la volonté. Par ailleurs, une commune visuellement moins triste, c’est une commune qui aime la couleur. A l’instar de Brest (expérience à succès), j’accompagnerai toute personne qui voudra colorer son logement par l’extérieur. Cité de Caractère et de Patrimoine, certes. Mais cité vivante embrassant le futur sans se muséifier.
2. Trouver un médecin. St Georges de Reintembault, à l’instar de centaines pour ne pas dire de milliers de communes rurales française, est à ce jour dépourvu d’un médecin traitant. Je m’engage d’ici 1 an à trouver une solution à ce problème majeur. Sans quoi je présenterai l’année échue ma démission. Et je suis vraiment motivé sur ce point. Trop de personnes en souffrance qui ne peuvent avoir accès en temps voulu voire pas du tout aux soins, ce n’est plus possible. Pas au XXIe siècle.
3. Aider les plus démunis. Besoin d’écrire davantage ? Allons y : beaucoup de personnes en détresse, en solitude. Un maire n’a pas vocation à être psychiatre ou assistant social. En revanche un maire se doit d’aider comme il se peut à travers des structures existantes ou en créant des activités fédératrices pour briser l’un des pires fléaux de notre société moderne.
4. En finir avec les projets subventionnés. Oui c’est les soldes toute l’année, oui on a des batiments et des projets qui coûtent moins chers (et encore, à vérifier). Mais le reste à payer se traduit par une balance comptable déficitaire, et appelons “taxe foncière” le pansement permettant de combler le dit déficit. Dans une commune où le salaire médian est proche du seuil de pauvreté national, pas certain que dépenser des millions d’euros cumulés soit une priorité.
5. Maison des associations pour les associations, OK. Mais quid des jeunes et une maison des jeunes ? La population de St Georges de Reintembault, depuis le Covid, a attiré de nombreuses familles. Dont beaucoup avec enfants. Qui deviendront à un certain moment adolescents. Penser au futur, c’est penser à eux dès aujourd’hui. Projet littéralement à construire avec le Conseil Municipal des Jeunes, les parents, et les jeunes. Leur lieu, leur vision.
6. Voir les leviers possibles pour baisser les coûts des repas à l’école. Pour les plus précaires, les tarifs actuels ne sont pas acceptables. Penser une commune, c’est penser aux plus faibles d’abord.
7. Une meilleure communication de St Georges de Reintembault. le projet du collège fou fou fou le prouve, le restaurant les Filles en Bottes le prouve, les St Georges de France le prouvent, et tant d’autres exemples le prouvent : St Georges attire. Et que des gens de Rennes, de St Malo, de Caen, d’Avranches, de Laval et au delà viennent, et sont prêts à revenir. Une commune incroyablement bien placée avec des atouts indéniables. La communication doit également être plus forte auprès des habitants. Et pour également attirer davantage, il faut des services de transport davantage dévéloppés, aussi bien publics que privés. La ligne 518 bien qu’existente est totalement insuffisante.
8. Saint Georges de Reintembault, ce n’est pas que le centre bourg. Oui le centre bourg est direct la photo de la commune quand on y pense, parce qu’elle est à la croisée de plusieurs départementales. Mais la moitié de la population habite les lieux dits. Les lieux dits sont habités par des administrés qui paient leurs impôts et qui méritent la même considération. L’art doit se déplacer, les services doivent être les mêmes. Tous Reintembaultois.
9. Applaudir et soutenir le travail extraordinaire des services de mairie, et plus particulièrement les services techniques, qui réalisent une tâche qui n’est pas appréciée à sa juste valeur. Pour rappel, St Georges de Reintembault est en terme de surface 3 fois celle de Fougères, et l’on parle de 4 individus qui se démènent pour accomplir leur devoir. Dans ma vision de ce que je pense être un maire, et parce que j’ai eu en 1996 l’aide d’un maire agriculteur (feu Mr Landry à Rachecourt sur Marne) pour mon projet de groupe musical à l’époque : chaque habitant doit, dans la possibilité de ses moyens, pouvoir épauler et participer au charme de la commune. Et pour montrer bien évidemment l’exemple, l’équipe en place doit être sur le terrain en tant que soutien dès que nécessaire.
10. Ce point concerne les amoureux de la vie, de la nature. Tout faire pour encourager toute initiative qui permettra à St Georges de devenir une réserve sauvage naturelle, riche en biodiversité (encore plus qu’aujourd’hui). Davantage d’arbres, de graines, de plantes. Aucune obligation, en revanche si certains et certaines ont ce petit amour de l’invisible, de l’indicible, et qui mérite tout autant qu’homo sapiens sapiens d’exister sur cette planète, alors comptez sur le soutien de la mairie.
11. Etre maire n’est pas être président. Etre maire n’est pas être Dieu. Etre maire c’est être le délégué de classe de 1500 maires potentiels. Et comme tout délégué de classe, on écoute les doléances, et on ne les laisse pas en suspens. Il n’y a pas de petit sujet. Résoudre des problèmes du quotidien soi même, mais accompagné. De nombreuses communes rurales dans le nord de la France ont mis en place un système gagnant gagnant : certains habitants voudraient voir certaines choses changer dans leur quartier, et la mairie offre le soutien logistique via les services techniques (humain et matériel) pour les résoudre. Il s’avère que c’est un succès.
12. Se simplifier la vie. Une idée ? Elle ne nuit ni à l’ordre public, ni n’occasionne des dégâts et apporte un plus à la commune alors que ce n’est pas mon idée en tant qu’entité élue supérieure divine (je précise : ironie) ? Go. Juste Go. Les amoureux de cette commune, vous êtes nombreux et vous avez plein d’idées, et je n’invente rien : je vois ce que vous faites. Je vois comment vous le faites. Et je vois surtout comment ça pourrait être encore plus incroyable avec plus de souplesse. Il est temps de vous permettre vous exprimer.
13. Créer / recréer un marché vivant, varié et attractif. Inconcevable qu’il ait quasiment disparu. Ca va demander des efforts. Mais quand on veut. Et ce qui emmène au point suivant : l’agriculture.
14. Rencontrer dès que possible tous les corps du monde agricole, mis à rude épreuve par des pouvoirs qui nous dépassent, mais qui oublient que ce sont des personnes qui consacrent leur existence pour nourrir avec des contraintes folles. 0 promesse, il faut dire les choses le plus sincèrement possible : un maire ne peut rien faire. Mais un maire peut discuter, un maire peut prendre des notes, et un maire peut s’emparer de ces sujets médiatiquement parlant. Quoiqu’il en soit, les transformations à venir, ne seraient-ce que climatiques, nécessitent soit une table ronde, soit un déplacement sur le terrain, au cas par cas.
15. Et pour finir, faire une liste très précise des biens abandonnés, bien trop nombreux, et donnant parfois cette impression fantôme quand on découvre la première fois St Georges de Reintembault ; il faut clairement s’attaquer à ce problème. Et faire des groupes citoyens pour décider du sort des dits batiments : réhabilitation ? changement de destination ? destruction ? Un maire ou une équipe municipale a besoin de l’avis de tous et toutes pour éviter ce qui a souvent été vécu : “ils ont décidé seuls entre eux, on n’a pas eu notre mot à dire”. D’ailleurs, tout membre du conseil municipal, liste et/ou opposition, sera égal. Les conseils muncipaux seront longs et fastidieux, mais pour le bien démocratique, tous doivent être considérés de la même manière. Le maire ne sera pas l’arbitre qui fera fi de ne pas prendre en compte une idée qui ne va pas dans son sens. Je reitère, mais c’est très important car le changement de paradigme s’impose : maire comme je le perçois, c’est être délégué de classe, pas Président de la République version rurale.

Enfin, citons la poétesse Andrée Chédid qui résume à elle seule, de manière simple et puissante, ce que je pense d’une vie “ensemble” :
“Hey toi, qui que tu sois, je te suis bien plus proche qu’étranger“.
Merci de m’avoir lu
Rod Maurice, né le 9 février 1976 à Joinville (52), photographe de concert, vidéaste.
contact : rod@le-hiboo.com




